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Sur les Traces de Ruth

15 Jun Sur les Traces de Ruth

Dans le livre de Ruth, il est question de la princesse Moabite, qui a rejeté une vie de prestige et de privilèges afin d’accepter Hashem et la Torah. À travers son dévouement total et sa sincérité, elle a mérité d’être l’ancêtre du roi David et du Messie.

J’ai récemment eu le plaisir de faire la connaissance de trois femmes remarquables qui ont partagé avec moi des moments captivants de leur parcours de conversion; des parcours alimentés par un fort sentiment de détermination, d’enthousiasme et de courage. Sarah, Leah, et Shoshana se sont converties à travers le programme de conversion de l’Institut Ruth (également connu sous le nom de « Programme du Vaad »). Elles ont chacune des origines différentes, ont chacune découvert le judaïsme de manière différente, et ont chacune eu à faire face à différents défis en cours de route. Ce qu’elles ont en commun, c’est le sentiment d’avoir une mission et une responsabilité personnelles ainsi qu’un véritable amour pour Dieu, la Torah et les mitzvot.

Sarah (*note de bas de page : son nom a été changé pour conserver son anonymat), âgée de vingt-quatre ans, est une femme dynamique et éloquente. Elle s’est convertie il y a quelques mois. Avant de le découvrir il y a quatre ans, elle n’avait jamais vraiment été exposée au judaïsme. Son père, un Québécois catholique, avait un certain lien avec Dieu, par contre sa mère n’y croyait pas. Sarah n’allait pas à l’église, même si elle a fréquenté un secondaire catholique où le catholicisme était prêché. Après le secondaire, l’intérêt de Sarah pour la religion a diminué.

Sarah a eu une enfance heureuse. Elle ne cherchait pas la religion. Croire en Dieu et éprouver un sentiment d’appartenance étaient assez pour elle. Tout cela a changé lorsqu’elle a dû surmonter plusieurs obstacles personnels. À l’issue de cette période sombre, elle s’est dit : « Je ne m’en suis pas sortie toute seule. J’étais si reconnaissante, et j’avais besoin d’une manière organisée et structurée pour remercier Dieu. »

Sarah a essayé d’aller à l’église, mais elle s’est rendu compte qu’elle se forçait à accepter le christianisme seulement parce que c’était la norme. Elle s’est donc donné la permission d’explorer d’autres religions. Elle a lu sur l’islam et elle est même passée par une phase bouddhiste.

Sarah a découvert le judaïsme en lisant le Vieux Testament. Impressionnée par son intensité, elle en a parlé à son seul ami juif religieux, qui lui a répondu : « C’est encore beaucoup plus complexe que tu ne le croirais. » Le concept a attiré Sarah. « Derrière chaque lettre de la Torah, il y a un océan. Dans chaque mot, chaque point, il n’y a que de la profondeur. C’est impossible qu’un être autre que Dieu ait écrit cela! »

Lorsque l’ami de Sarah l’a invitée pour le repas de Shabbat, elle était terrifiée. « Je ne serai peut-être pas habillée de manière appropriée. À la synagogue, les gens me regarderont comme si je ne sais pas ce que je fais. » Soudainement, elle s’est mise à rire : elle s’est rendu compte que Dieu savait qu’elle ne connaissait pas encore ces choses. Et Dieu était le seul qui comptait.

Durant la prière, Sarah n’a ressenti que de la joie. Elle a eu une épiphanie. Elle s’est dit : « Je l’ai trouvé, c’est exactement ce que je cherchais. Je vais me convertir au judaïsme. »

Naturellement, tout l’entourage de Sarah a essayé de l’en dissuader. Sarah était toujours sensible à ce que les autres pensaient d’elle. Mais c’était la première fois qu’elle était aussi certaine de son choix qu’elle a trouvé le courage de défendre ses croyances, malgré le manque de soutien.

Les choses étaient difficiles avec sa famille. Sa mère a accepté le fait qu’elle devienne juive, mais ne voulait pas qu’elle soit pratiquante. Ce n’était pas facile, mais Sarah a accepté cette épreuve avec sérénité. Avec le temps, ses parents sont devenus plus à l’aise. Finalement, après des années de lutte, après sa conversion, les parents de Sarah ont reconnu son bonheur. Cela a été un moment important pour elle. « C’était incroyable d’enfin arriver à un stade où ils étaient conscients que ce choix était véritablement le meilleur pour moi. »

Sarah travaille dans un domaine où il est très rare de rencontrer d’autres juifs orthodoxes. Bien qu’il soit difficile d’être pratiquante pendant les périodes occupées, elle est reconnaissante que son patron et ses collègues fassent preuve de compréhension à l’égard de sa religion. Elle juge que son rôle dans ce monde est de promouvoir le judaïsme et les mitzvot dans un environnement laïque. « Dieu m’a mise ici pour une raison, et je ferai de mon mieux pour assumer cette responsabilité. »

Lors d’un récent voyage d’affaires, Sarah était hébergée au 26e étage. Pendant Shabbat, elle devait monter 26 étages à pied. C’est devenu une blague récurrente parmi ses collègues. Ils ne comprenaient peut-être pas pourquoi elle le faisait, mais ils la respectaient énormément. Une autre fois, lors d’un appel avec son patron un vendredi après-midi, Shabbat approchait, et Sarah a dû lui raccrocher au nez.  Elle a essayé de ne pas trop s’inquiéter de cette situation pendant Shabbat, mais c’était difficile. Toutefois, après Shabbat, tout est revenu à la normale. « C’est là où j’ai réalisé que tout va bien se passer. »

Sarah est reconnaissante de sa situation actuelle. « C’est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire, mais c’est la meilleure. » Elle s’était attendue à avoir une véritable épiphanie au moment où elle deviendrait finalement juive. Mais en sortant du mikve, elle a soupiré profondément, sentant son âme s’apaiser après quatre ans d’envie de se convertir au judaïsme.

Une grande partie du Programme du Vaad portait sur les lois, la cacheroute, Shabbat, etc. Même si Sarah aimait tout cela, le programme fournissait également des outils pour le « travail interne ». Elle a appris comment adopter une perspective juive de manière consciente. « Pour moi, cela veut dire être reconnaissante envers Hashem pour tout ce qui se passe, reconnaître le mauvais penchant et s’y attaquer, et l’apprentissage continue. »

Après sa conversion, Sarah a constaté un changement interne : elle arrivait à contrôler son yetzer hara (mauvais penchant) et à se rapprocher de Dieu dans sa vie quotidienne. Pour les chrétiens, le yetzer hara veut dire que l’on est mauvais. Mais, en vérité, il essaie de nous attraper pour retirer la sainteté. Sarah est sortie du mikve et pensait qu’elle allait être parfaite. Cependant, le lendemain, elle a oublié une prière et, plus tard dans la semaine, lors de son premier Shabbat en tant que juive, elle a manqué de temps pour tout préparer avant l’allumage des bougies. « Ces moments étaient parfaits en quelque sorte, puisque maintenant, je suis comme les autres, et c’est désormais à moi d’essayer d’avoir une relation spéciale et unique avec Hashem et de la nourrir de 613 façons différentes. »

Leah (*note de bas de page : son nom a été changé pour conserver son anonymat), une jeune fille ambitieuse et spirituelle de vingt et un ans, s’est convertie il y a trois ans. Enfant unique, elle a grandi avec quelques traditions juives transmises de son père marocain juif et de sa mère non juive (son père était juif). Ils étaient complètement laïques et ne faisaient pas partie d’une communauté ou d’une synagogue en particulier. Leurs traditions se limitaient au jeûne de Kippour et aux repas festifs pendant Rosh Hashanah et Pessach. Leah n’est jamais allée à l’école juive et n’avait aucune connaissance juive. Cependant, elle a toujours ressenti un attachement et une appartenance au judaïsme.

À l’âge de quinze ans, Leah n’était pas heureuse à l’école. Bien qu’elle fût jeune, elle ressentait le besoin de se rapprocher de ses racines. Sa mère l’a donc convaincu de faire du bénévolat au Centre Communautaire Juif. C’est là qu’elle a rencontré une fille marocaine juive qui fréquentait une école juive. « Elle m’a fait découvrir les règles et les traditions et m’a invitée à un weekend de sensibilisation dans le nord avec un Rabbin d’Israël et des Rabbins locaux. »

Il y avait des cours sur la Torah, la science, le Messie, la Fin des Temps, et bien plus; des sujets qui l’ont aussitôt fascinée et profondément affectée. Elle s’est dit : « Si c’est ça, la Torah, je la veux. » Elle avait toujours été une personne très profonde, qui était à la recherche de la vérité, du but ultime de la vie. Stupéfaite par ce qu’elle a découvert au courant du weekend, Leah a décidé de se convertir.

Désirant une conversion orthodoxe, Leah s’est inscrite au Programme du Vaad. Par la suite, les choses ont avancé à toute vitesse. « Je me suis fait des amis facilement, grâce à Dieu. J’ai rencontré toutes sortes de personnes à travers le programme, ainsi que des familles et des Rabbins. Ces gens m’ont invitée à passer Shabbat et les fêtes avec eux. Les personnes orthodoxes étaient si ouvertes et accueillantes. J’ai été émerveillée! »

Leah avait une soif insatiable pour la Torah et un désir de l’explorer plus en profondeur. Autant que possible, elle complétait ses cours hebdomadaires au Vaad par des lectures supplémentaires. Toutes les semaines, elle lisait la section hebdomadaire de la Torah avec tous les commentaires. Elle a appris, a grandi et a assimilé des choses à une vitesse incroyable. À l’âge de dix-huit ans, elle est devenue juive. « Ce n’est pas normal : j’ai tellement évolué en trois ans! Tout ça, c’est l’œuvre de Dieu. »

L’obstacle le plus important pour Leah était la réaction de sa famille. Son père était surpris au début par sa décision de se convertir, mais l’a encouragée à le faire. Le fait qu’elle veuille être pratiquante était une autre histoire. « Les membres juifs de ma famille l’ont mal pris. Ils étaient choqués puisque personne n’est religieux. C’était un concept étranger pour eux. Ce sont des séfarades au caractère fort, donc la nouvelle n’est pas passée doucement. Il y a eu plusieurs confrontations. Ce n’était pas facile parce que je n’avais aucun soutien tout au long de la transition. »

Malgré les défis, Leah sent aujourd’hui que sa famille est fière d’elle. « Ils m’admirent parce que je suis studieuse, ambitieuse et organisée. Je travaille sur plusieurs projets à la fois. Ils sont fiers de qui je suis. »

Le processus interne a aussi été difficile. « J’aimais mon parcours, et j’étais déterminée à le réussir. Je me suis bien ajustée, mais trois ans plus tard, c’est toujours difficile. Je suis encore en train d’accepter le fait que je suis religieuse. Mais plus on pose d’actions, plus on y gagne. C’est un long processus qui s’effectue en amont, pas juste d’une journée à l’autre. »

Tout le processus était une expérience de croissance, mais le sommet, la plus belle journée, était celle du mikve. C’était l’anniversaire du décès de la matriarche, Rachel, une journée qui tenait Leah à cœur parce que sa grand-mère juive se prénommait Rachel. « J’avais l’impression que je faisais un certain tikkoun pour elle. C’était un moment spirituel intense. Le mois de Cheshvan est dénué de spiritualité, et nous devons essayer de l’en imprégner le plus possible. Je sens que ma vie est le reflet de ça. Je suis entourée d’impuretés, et c’est ma mission de révéler la lumière de Dieu. »

Leah adore parler de Torah. « C’est véritablement mon essence. Un de mes plus grands rêves, et la façon dont je pourrais atteindre mon plein potentiel, est d’enseigner un jour dans un séminaire. Pour moi, ce serait ma plus grande réalisation. »

Shoshana (*note de bas de page : son nom a été changé pour conserver son anonymat), une femme consciencieuse et humble de trente-six ans, s’est convertie il y a presque trois ans. Ses parents canadiens-français l’ont élevée dans la tradition catholique, et elle a même été baptisée, mais n’a jamais jugé cet aspect important pour elle. Elle a suivi des cours de religion au secondaire, mais ne se sentait jamais concernée par ses apprentissages.

Au cours de sa vie, Shoshana a vécu quelques expériences désagréables avec certaines personnes et a commencé à perdre confiance en l’humanité. Passer du temps dans la nature est ce qui lui apportait le plus de joie. Elle voulait en apprendre plus sur la nature et partager ses connaissances avec le monde. « La nature, harmonieuse et pacifique, reflétait ma perception de ce qu’était Dieu. »

Lorsque Shoshana a rencontré Jeff, elle avait trente ans, et se sentait un peu perdue. « Je me sentais comme si j’étais devant un mur, sans possibilité d’avancer. Je ne pouvais pas comprendre la signification de la vie. Malheureusement, beaucoup de personnes se sentent perdues parce qu’elles n’ont pas Dieu avec elles, et ont peur. C’est comme ça que je me sentais. »

Jeff, descendant de survivants de l’Holocauste, était un juif laïque, mais un homme de foi. C’est justement la mère non pratiquante de Jeff qui, par des discussions sur le judaïsme, a piqué la curiosité de Shoshana. Cette dernière s’est donc inscrite au Programme du Vaad pour découvrir le judaïsme et voir s’il serait pertinent pour elle. Sans lui faire de promesses, elle a alors dit à Jeff : « Si ce n’est pas pour moi, nous mettrons fin à cette relation parce que je veux que tes enfants soient juifs. »

Dès le début, Shoshana était fascinée par les cours et voulait devenir une femme juive orthodoxe. « On dit qu’un bébé reçoit la Torah tandis qu’il est dans le ventre de sa mère et l’oublie à sa naissance, mais qu’elle reste toujours en lui et résonne. C’est comme ça que je me sentais au cours du Programme du Vaad. »

Tandis que Shoshana progressait vers un mode de vie plus religieux, la situation n’était pas facile pour Jeff, qui n’a jamais été pratiquant. Shoshana était pleinement engagée dans le processus de conversion et attendait avec impatience le jour où elle serait finalement juive. Elle s’est dit : « Si Jeff n’est pas mon âme sœur, il me quittera et je trouverai quelqu’un qui me convienne mieux. »

Jeff est devenu religieux tout doucement. « Il était incroyable. Il a tout fait de son propre gré, et on a grandi ensemble. C’est toujours difficile. Nous devons nous améliorer en tout temps et être le meilleur de nous-mêmes. Je demande à Dieu de nous permettre de continuer à grandir doucement, de manière graduelle, afin de pouvoir maintenir la flamme. »

Shoshana raconte le jour de sa conversion : « Lorsque les Rabbins ont récité la prière avec mon nom hébraïque pour la première fois, j’ai senti une énorme énergie remplir mon corps. Cela a été un moment marquant : j’étais finalement juive. Je ressentais quelque chose de spécial, j’étais heureuse et sereine. Maintenant, ma vie pouvait commencer. »

Être juive voulait dire que toutes les mitzvot que Shoshana faisait comptaient véritablement. La première chose qu’elle voulait faire, c’était beaucoup de bénédictions. Elle n’avait pas l’habitude de manger du pain pendant la semaine, mais il était important pour elle de laver ses mains et de réciter Bircat Hamazon.

Jeff était en dehors de la ville cette journée-là. Lorsqu’il l’a appelée plus tard dans la journée, elle lui a annoncé qu’elle était maintenant juive et lui a fait part de son nom juif. Lorsque Jeff est revenu, il a demandé à Shoshana de l’épouser. Le mariage a eu lieu, et peu de temps après, le couple a été béni par la naissance d’une magnifique fille. Ils espèrent, si Dieu le veut, avoir une grande famille.

Shoshana travaille dans un endroit majoritairement français où les juifs orthodoxes ne sont pas connus. Elle croit que Hashem lui a donné cet emploi pour une raison et ne cesse de travailler à inspirer la piété dans le monde laïque. Elle tente également d’éclaircir le judaïsme, de corriger les idées fausses et de sanctifier le nom de Dieu. « M’habiller de manière modeste et couvrir mes cheveux avec un foulard me rappelle que j’ai une mission dans ce monde. Nous sommes tous obligés d’être le meilleur de nous-mêmes. Mais m’habiller de manière si visiblement juive et savoir que les gens me regardent est motivant pour moi. Il faut que je sois une bonne juive. »

La mère de Shoshana s’est bien adaptée. Son père, qui vit loin d’elles, a dû surmonter le choc initial des changements drastiques d’une visite à l’autre. Le frère de Shoshana, qui éprouvait des sentiments contradictoires à propos des juifs depuis sa jeunesse, est celui qui a eu le plus de mal avec la conversion de Shoshana. « Respecter le Shabbat et la cacheroute n’est pas facile, et ils ne comprennent pas pourquoi, en 2017, nous avons ce genre de restrictions. Mais de notre côté, nous voyons tout ça comme un cadeau. Le plus important, c’est qu’ils aiment mon mari et voient combien nous sommes heureux. Dans l’ensemble, ils me respectent et sont heureux parce que je le suis. »

Bien que Shoshana ait une énorme force interne, il est très important pour elle de garder contact avec un groupe d’amies qu’elle appelle ses sœurs. Ces femmes se sont converties en même temps qu’elle et ont aussi eu des enfants en même temps. Elles se comprennent et s’appuient mutuellement. « Mes sœurs m’aident à rester forte. Nous nous élevons mutuellement. Mes priorités principales, ce sont ma vie de famille et mon développement en tant que femme juive. Il y a beaucoup d’obstacles, mais je suis tellement heureuse. Mon but est de servir Dieu avec joie. »

Il est difficile de ne pas être touché par ces converties juives extraordinaires qui ont volontairement bouleversé leur vie pour accepter la Torah et les mitzvot. Inspirons-nous d’elles et essayons d’imiter leur dévouement, leur enthousiasme et leur joie.

Par Faigie Becker